Comment rétablir des recettes publiques suffisantes et justes ? – audition de Vincent Drezet (ATTAC), septembre 2025

4 septembre 2025

Le consentement à l’impôt reste fort en France, porté par notre attachement aux services publics et à la Sécurité sociale. Pourtant, il est urgent de déconstruire les discours conservateurs. Auditionné par l’équipe de refondation du projet et la commission économique du Parti socialiste, Vincent Drezet (ATTAC) a rappelé une vérité économique fondamentale : la hausse de la dette publique n’est pas le fruit d’une explosion des dépenses, mais d’un effondrement des recettes fiscales depuis 2017. Voici les principales recommandations présentées lors de son audition pour engager un « big bang » fiscal.

La dette publique : un problème de recettes, pas de dépenses

Avant d’envisager des réformes, Vincent Drezet dresse un constat partagé par de nombreuses ONG et économistes (notamment l’OFCE) : le déficit actuel est avant tout un déficit de recettes. Les mesures fiscales prises depuis 2017 ont eu un coût net abyssal, estimé à 450 milliards d’euros.

À cela s’ajoute le fléau de la fraude et de l’évasion fiscales, dont le coût dépasse les 60 milliards d’euros annuels. Pour l’intervenant, le préalable à toute réforme est la pédagogie : il est impératif de rappeler sans cesse dans le débat public la contrepartie de l’impôt en termes de services rendus.

Repenser l’impôt sur le revenu et plafonner les « niches »

Pour neutraliser les effets d’aubaine qui profitent aux ménages les plus aisés, l’orateur propose de s’attaquer frontalement aux niches fiscales et sociales :

  • Crédit d’impôt sur l’aide aux particuliers (CISAP) : en abaisser le plafond à 3000-4000 € (contre 6000 € aujourd’hui) rapporterait entre 500 millions et 1 milliard d’euros.

  • Crédit d’impôt recherche (CIR) : le cibler prioritairement sur les PME.

Sur la structure même de l’impôt, Vincent Drezet se déclare favorable à une assiette unique et individualisée de l’Impôt sur le Revenu (IR) et de la CSG. Concrètement, le quotient conjugal (jugé antiféministe) serait supprimé, et la politique familiale passerait par une allocation forfaitaire par enfant.

Mieux taxer le capital et le patrimoine

Le transfert d’une fiscalité qui pèse sur le travail vers le capital est un enjeu majeur. Les pistes avancées lors de l’audition sont les suivantes :

  • Le retour d’un ISF rénové (variante « Taxe Zucman ») : Cet impôt s’appliquerait à partir de 5 millions d’euros de patrimoine net (avec un abattement en montant pour la résidence principale) et inclurait les biens professionnels, tout en épargnant l’outil de travail physique. Son rendement est estimé à 10 milliards d’euros (le double de l’ancien ISF).

  • Droits de succession : Un grand travail de pédagogie est nécessaire pour rappeler au grand public qu’actuellement, les trois quarts des successions échappent à l’impôt grâce aux abattements. Le Pacte Dutreil, très avantageux, doit être revu et plafonné.

  • Revenus du capital : La flat tax (Prélèvement forfaitaire unique) pourrait être relevée de 12,8 % à 35 % (hors prélèvements sociaux), ou ces revenus pourraient être purement et simplement réintégrés au barème de l’Impôt sur le revenu.

Entreprises et Sécurité sociale : changer de logique de financement

Pour inciter les entreprises à réinvestir plutôt qu’à rémunérer les actionnaires, Vincent Drezet propose de taxer les rachats d’actions et les versements de dividendes à hauteur de 5 % (en plus du taux normal de l’IS à 25 %).

Concernant le financement de la Sécurité sociale, il avance une piste audacieuse pour remplacer les cotisations patronales : la création d’une Contribution sur la Valeur Ajoutée (CSG entreprises). Cette mesure opérerait un transfert de charges salutaire : les entreprises riches en main-d’œuvre paieraient moins, tandis que les entreprises fortement mécanisées ou robotisées contribueraient davantage.

(À noter : les organisations syndicales restent, à ce stade, attachées à la cotisation sociale assise sur le salaire pour financer les dépenses non-universelles comme les retraites).

Fiscalité locale : redonner de l’autonomie aux collectivités

Alors que les collectivités territoriales sont asphyxiées par la baisse des dotations, la suppression de la Taxe d’Habitation (TH) et la baisse des impôts de production, Vincent Drezet souligne que ces réformes ont surtout servi à accroître les bénéfices disponibles pour les dividendes.

Pour redonner des marges de manœuvre aux finances locales, il suggère de :

  • Réhabiliter la CVAE (Cotisation sur la Valeur Ajoutée des Entreprises).

  • Rénover la Taxe Foncière (TF) en révisant ses bases pour la rendre progressive en tenant compte des revenus. Cela pourrait représenter la base d’un véritable impôt local sur le revenu, en remplacement de la TH et de l’actuelle TF.