Le projet du PS, soumis au vote des militants, a pour vocation de fixer l’horizon des réformes souhaitables au 21ème siècle. Son volet économique tient compte de la nouvelle donne internationale, marquée par le retour d’impérialismes agressifs, isolationnistes et protectionnistes, qui remet en question la stratégie économique de l’Union européenne. Comme tous les autres États membres, sans exception, la France subit désormais un déclassement préoccupant vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.
À l’heure où la planète brûle, recentrer les économies européennes vers un développement soutenable au sein du marché intérieur, à la frontière duquel des protections tarifaires et non tarifaires devront être érigées, devient l’ardente obligation de la politique économique. Pour l’accomplir, le programme économique du PS ne promeut ni le retour au compromis social-démocrate, centré sur le partage des fruits d’une croissance insoutenable, ni le social-libéralisme, tentant en vain d’adoucir la violence de la financiarisation. Ce programme est éco-socialiste et tient sur ses deux jambes, combinant planification écologique de la production et redistribution des richesses.
LA PLANIFICATION ÉCOLOGIQUE ET SOCIALE
Le projet socialiste réhabilite en premier lieu le rôle de l’État stratège pour engager les investissements en capital physique et humain nécessaires pour relocaliser et décarboner les activités productives. Il promeut à cet effet l’accroissement des budgets consacrés à l’éducation, la recherche et à la santé, le déploiement d’aides et commandes publiques conditionnées au verdissement et à la relocalisation de la production, des prises de participation de l’État dans les entreprises stratégiques, l’adaptation des infrastructures au réchauffement climatique, le redéploiement de la politique des transports, l’accélération de la sortie des énergies fossiles.
Agir sur la répartition des richesses est en deuxième lieu primordial. Cela permet d’une part de réduire l’empreinte carbone des plus aisés, d’aider les plus modestes de supporter les coûts de la transition écologique, d’enrayer la crise du pouvoir d’achat et de lutter contre la pauvreté. Ceci contribue d’autre part à solvabiliser la demande intérieure potentielle de produits locaux, susceptible de se développer à condition que des mesures soient prises à Bruxelles pour protéger le marché intérieur européen.
En matière de politique sociale, deux mesures phares sont particulièrement attendues par les salariés : revaloriser le travail par le salaire et préserver notre système de retraites par répartition, en permettant aux seniors de partir à 62 ans, et plus tôt pour les carrières longues et hachées. À ces effets, l’État devra impulser la négociation sociale et légiférer, le cas échéant.
RÉFORMER LA FISCALITÉ POUR REDONNER DES MOYENS À L’ACTION PUBLIQUE
Pour financer cette politique, une renégociation des règles budgétaires européennes et le concours de la politique non-conventionnelle de la BCE permettraient à l’évidence de libérer des marges de manœuvre budgétaires. L’ampleur des investissements nécessaires pour enrayer le décrochage de l’Europe, l’impératif d’une défense commune et les conséquences récessives du choc énergétique pourraient conduire nos partenaires de l’UE à en accepter la perspective.
En attendant, le cadre budgétaire est contraint par les choix fiscaux réalisés par la Macronie au cours des dix années passées. Ces derniers ont creusé de plus de 2 points de PIB (60 milliards d’euros) le déficit structurel des comptes publics, le portant, selon l’OFCE, à 4,8% du PIB. C’est pourquoi la bataille fiscale est la mère des batailles. De son issue, dépend la propension de la puissance publique à corriger les inégalités et à lever les ressources nécessaires au financement de la transition écologique.
Comme en 1789, des Etats-généraux pourront être convoqués face à la crise des finances publiques. Les mesures à prendre sont connues : grand impôt universel et progressif sur le revenu fusionnant la CSG, l’IRPP et la flat tax sur les revenus financiers ; Impôt sur les sociétés progressif ; taxe Zucman de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions, intégrant les biens professionnels ; Impôt général sur les succession, avec abattement conséquent, intégrant les transmissions tout au long de la vie et les plus-values latentes ; rabotage du Pacte Dutreil sur la transmission des entreprises familiales ; élargissement de l’assiette de financement de la protection sociale ; lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.
LES EFFETS ÉCONOMIQUES ATTENDUS D’UNE POLITIQUE ÉCO-SOCIALISTE
L’impact de cette politique éco-socialiste dépendra non seulement du rendement réel de la réforme fiscale, mais également de la combinaison des différents effets produits par les dépenses engagées. Comme le montre le rapport Pisani-Ferry – Mahfouz, un accroissement de la dépense publique en faveur de la transition écologique est susceptible de soutenir à court terme la demande globale, en déployant des mesures en faveur des plus modestes et des aides publiques à l’investissement. Cela permet de rapprocher le taux de croissance de son taux potentiel et de ramener l’économie vers le plein-emploi. Les effets de long terme sur le taux de croissance potentiel sont plus difficiles à déterminer. Parce que les investissements publics et privés en faveur de la décarbonation sont amenés à prendre le pas sur les investissements de productivité, l’impact de la politique budgétaire sur l’offre, et donc sur le potentiel de croissance de l’économie, serait limité, voire négatif – a-fortiori si des mesures de sobriété étaient prises, faisant décroître la consommation et la production de produits carbonés.
Parmi les réformes souhaitables, des choix devront naturellement être hiérarchisés à l’occasion de l’élaboration de chaque loi de finance. Ils dépendront des marges de manœuvre libérées par les réformes fiscales et les capacités d’emprunt de la nation. Ils seront tributaires des rapports de force tels qu’ils s’exprimeront dans les hémicycles de la démocratie représentative, à l’issue des prochaines échéances électorales.
Publié dans Marianne le 19 juin 2026
